Atelier de littérature

Du 23 septembre au 10 octobre 2009 s’est tenu à Bangui le premier forum des artistes pour la consolidation de la paix en République de Centrafrique. Ce forum qui a connu la participation massive des artistes était placé sous la supervision générale de deux départements ministériels, à savoir :

-         le Ministère de la Communication, du Civisme, de la Réconciliation Nationale et du suivi du Dialogue, Monsieur Cyriaque

          GONDA ;

-         le Ministère de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture, Monsieur Aurélien Simplice ZINGAS.

Au cours de ces assises financées par l’UNESCO et le gouvernement centrafricain, le poète ANNE CILLON PERRI a eu l’honneur, en tant qu’expert international d’encadrer un atelier de littérature. Les œuvres issues de cet atelier sont les suivantes :

 

Nous sommes tous coupables

Frères centrafricains
Fauchés par la folie d’autres frères
Et dont le sang innocent
S’est versé sur les sentes de l’intolérance
Et vous citoyens venus de partout
L’œil grisé de haine et parfois de cannabis
Je vous salue

Je vous salue en cette saison
Où ma ville coquette
Peu à peu panse les plaies
Du viol des rapines et du désastre
Pour vous dire que je vous aime tous
Toi le bourreau dont l’épée a frappé
Et toi mon frère tombé en victime expiatoire

Vous croyiez mener un combat juste
En pillant et saccageant l’avenir
Vous croyiez la patrie servir
En semant désolation et terreur dans la cité
Vous vouliez tout le gâteau national
Mais la Centrafrique n’est pas un gâteau à ravir
C’est un chantier à investir

Je vous aime aussi redoutables gourous
Qui avez armé le bras candide et naïf
Du mioche immature et mal informé
Du mal endémique du moment
Enlisant ainsi le pays
Dans les marais miasmatiques
De la belligérance

Aux temples sectaires des exclusions
Nous avons fait de la région le credo suprême
Et de la tribu le seul motif d’espérance
Nous sommes tous coupables
D’avoir assassiné le soleil
Et mitraillé la lune
Ainsi les étoiles quittèrent le firmament

Comme l’enfant qui naît
Après une lancinante parturition
Comme la graine qui en terre pourrit
Afin que germe une pousse nouvelle
Nous avons dû passer par la guerre
Pour de la paix comprendre enfin la nécessité
Nous sommes tous coupables

Rassemblés sous la même bannière
Frères centrafricains
Construisons une nouvelle nation
Où personne ne sera du nord ou du sud
De l’est ou de l’ouest
Où dans le travail et la discipline
Seul l’amour conduira nos cœurs

Que la lune du pardon irradie nos actions
Que le souffle de l’unité suture nos blessures
Et que l’intolérance soit à jamais bannie
Qu’ensemble
Telles les abeilles dans une ruche
Nous investissions le chantier
De la construction nationale

Dans le travail et la concorde
Combattons la pauvreté
Entonnons ensemble l’hymne de la paix
Que la démocratie soit notre seul credo
Et la liberté notre unique idéal
Préservons la dignité humaine
Car nous sommes tous coupables


Bangui, Espace Linga Téré, le 07 octobre 2009

Kirikiri (Nouvelle)

Ce matin-là, Kirikiri s’était levé très tôt et avait quitté sa masure, une minuscule case de rien du tout, pour se rendre chez le grossiste installé dans le quartier chic de la ville de Zinga. Il marchait très vite, courait par moments, pour rattraper ses clients qui à cette heure de la journée, devaient s’impatienter devant sa petite boutique dénommée « Grâce à Zozéfine ».

Kirikiri entra précipitamment chez le grossiste, passa sa commande et ressortit aussitôt. Il achalanda rapidement sa boutique et se mit à attendre les premiers clients qui, pensait-il, n’allaient pas tarder à arriver.

« Grâce à Zozéfine » était dans ce quartier de Zinga le seul commerce viable où tous les habitants venaient se ravitailler en produits de première nécessité. Kirikiri y vendait du sel en détail, des allumettes, du sucre, du riz, du pain, des cigarettes et autres bagatelles de cette nature.

De l’argent, il s’évertuait à en gagner maintenant à la sueur de son front. Finis les gains faciles et sales d’autrefois, quand il était soldat. C’était une période à la fois faste et tumultueuse. On pouvait tout avoir à la sueur de sa kalachnikov : femmes, argent, nourriture, tout, absolument tout. Il suffisait de cracher quelques projectiles sur les cafards du sud qui se sont embourgeoisés pendant les quelques années qu’a duré le règne de leur frère à la tête du pays. Après la démobilisation et tout le tralala qui s’en était suivi, il s’habituait peu à peu à sa nouvelle vie de commerçant.

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