« Soif Azur » d’Angeline Solange Bonono oscille entre un double malaise : celui d’une soif inextinguible de félicité qu’avive une vie extraordinairement agressive et celui d’un azur auquel elle aspire et qui se comporte comme l’horizon, en s’éloignant toujours au fur et à mesure qu’elle essaye de s’en approcher. C’est donc à juste titre qu’elle se compare à Tantale « en sa faim et soif éternelle ». L’azur fonctionne chez elle comme « l’idéal » baudelairien. Il s’agit d’un lieu euphorique, une sorte de nirvana où, comme dit le poète, « loin du monde, loin des soifs », on baigne dans une totale ataraxie.
Déchirée entre ses élans vers l’azur et ses retombées fatales dans la « bile noire », Angeline Solange Bonono ne peut s’abstenir de songer à Sisyphe dont la tragédie est, d’après elle, d’une amplitude supérieure à celle du Christ :
« Sisyphe !
O Sisyphe
Tu vas au-delà du Christ »,
Dit-elle. Et c’est peut-être pour cette raison qu’elle semble magnifier la mort. Une mort qui la délivrera de la tyrannie et des meurtrissures du temps d’une part, de «la gadoue mondaine pleine de serpents venimeux » et de « crocodiles » grotesques d’autre part.
Il convient toutefois de remarquer qu’elle n’appelle pas elle-même la mort. Celle-ci est simplement appréhendée avec délectation dans une perspective qui est davantage prospective. C’est d’une sorte d’anticipation vers un futur qu’elle sait certain qu’il s’agit. la mystique de la mort qui est en fait une seconde naissance permet de dépasser les miasmes d’une existence spleenétique et de parvenir à l’éternité. « Je vivrai ! », s’écrie-t-elle, pour mieux souligner le fait que la mort n’est pas une fin, mais un tremplin.
En attendant donc ce jour radieux où,
« Belle au milieu du salon sur un grand
lit illuminé par les cierges et des suaires
(…) je serai la star »,
Angeline Solange Bonono s’emploie à profiter pleinement d’une existence qui est si ténue. Elle « bouffe la vie » dans « la flûte euphorique qui chante l’amour », se laisse aller à toutes sortes de « noces », et singulièrement, celles « du chat et de la chatte ». Les plaisirs charnels qui semblent « arrêter le temps sur l’instant du rêve » constitue ainsi pour elle un adjuvant vulnéraire permettant de guérir des traumatismes d’une vie où la persécution du passé est ressentie de manière on ne peut plus douloureuse et où les départs ne sont pas tout à fait départs, car :
« Partout où on va, on emporte
Le tout soi.
On ne se laisse jamais derrière ».

Angeline Solange Bonono et Koko Komégné
1. Oumarou Le 23/07/2009 à 23:24